À mes débuts, une séance photo en particulier m'a beaucoup marqué. Les futurs mariés étaient réservés, presque crispés. Ils étaient venus vers moi parce qu'ils avaient vu des images de couples heureux et souriants devant l'objectif. Seulement, entre les images qu'ils espéraient retrouver et ce qui se passait devant mon appareil, il manquait encore quelque chose d'essentiel.
La météo était mauvaise (un jour gris de février où il s'est mis à pleuvoir pile au moment des photos de couple) et le lieu retenu avait été défiguré par des travaux apparus entre mon repérage et la séance photo. Je pouvais chercher la bonne lumière ou la bonne composition, tant que le couple ne se sentait pas à l'aise avec moi, leur complicité n'apparaissait pas et les photos ne racontaient pas vraiment leur relation.
Être mal à l'aise devant l'appareil révèle souvent une vulnérabilité plus profonde :
celle de ne pas savoir être soi-même face à quelqu'un qu'on connaît à peine.
Cette séance m'a poussé à me remettre en question, parce qu'elle touchait à quelque chose de plus profond que la technique. Ce couple n'attendait pas seulement une belle photo : il attendait que je l'aide à se sentir assez en confiance pour être à l'aise devant l'appareil.
Cette attente est rarement exprimée avec ces mots-là. Ce que j'entends, c'est plutôt "je ne suis pas à l'aise en photo" ou "je ne sais pas poser".
Derrière ces mots se cache une inquiétude plus humaine :
"Est-ce que je vais me sentir bien avec cette personne ?"
"Est-ce que je vais pouvoir lui faire confiance ?"
"Est-ce que sa présence va m'aider ou me bloquer ?"
C'est à partir de là que j'ai compris que la relation avec le couple devait passer avant la recherche de la belle photo. Sans ce lien, je pouvais trouver un beau cadre ou une belle lumière, mais je passais à côté de ce qui constitue réellement une belle photo : leur manière d'être ensemble.